
L’association
El Caracol représente peut-être, par sa raison d’être, le futur du
social et de l’humanitaire. En parallèle avec le travail pédagogique
propre aux associations de ce type, El Caracol a développé un pôle
d’études anthropologiques sur les populations des rues. Ces études se
fondent sur les actions de terrains menées par l’association, et
permettent ainsi de rendre ces campagnes de prévention plus efficaces,
grâce à une meilleure compréhension des problèmes. Ces études ont,
parmi d’autres thèmes, aidé à comprendre les comportements sexuels de
ces jeunes, ou le rapport qu’ils entretiennent avec les drogues.
Les
éducateurs ont pu, par exemple, observer que ces adolescents
disposaient d’une information très partielle en matière de
contraception. Ce manque fut ainsi comblé, par la mise à disposition de
bandes dessinées expliquant la nécessité de se protéger. Dans cette
même optique, l’année dernière, une formation spécialisée élaborée par
l’association et destinée aux éducateurs sociaux a été mise en place au
sein de l’UNAM.
Des actions gouvernementales encore trop sporadiques
Pour autant, les éducateurs ont souvent l’impression de se sentir un
peu seuls face à des problèmes d’une telle ampleur, sans aucune aide de
la part des politiques. Le coordinateur Juan Martín Pérez García se
souvient avec un sourire désabusé du petit-déjeuner de Vicente Fox avec
les "
gamins de la rue" lors de sa prise de pouvoir en 2000.
Mais il se rappelle surtout du fait que 6 ans plus tard, la majorité de
ces adolescents était décédés, sans que le gouvernement n’ait tenu ses
promesses. Non partisans, les responsables de l’association dénoncent
également la politique de "
nettoyage social" mise en œuvre par
Marcelo Ebrard, maire de Mexico, qui "fait une chasse" systématique aux
personnes vivant dans la rue. De même, s’il existe bien quelques
centres d’hébergement public, ils sont en nombre insuffisant et offrent
des conditions sanitaires déplorables.
L’association apporte
donc à ces jeunes des conditions de logement décentes, mais cherche en
outre à les réintégrer à la société. Parmi les nombreuses activités
proposées, notons des ateliers pâtisseries, dont les gâteaux sont
ensuite vendus, ou encore des ateliers bricolages. Les jeunes peuvent
rester jusqu’à 18 mois dans le foyer jusqu’à ce qu’ils retrouvent une
situation stable : un emploi, un logement….
El Caracol s’est
imposé comme un acteur reconnu de l’aide aux jeunes des rues.
L’association s’attache désormais à développer des partenariats avec
des associations similaires en Amérique Latine. Ces partenariats
permettent d’échanger des outils méthodologiques pour faire face à ces
problèmes qui, malheureusement, sont latents non seulement au Mexique
mais sur tout le continent ; où bien souvent, c’est l’initiative
citoyenne qui comble le vide laissé par la force publique.
Ce
double axe, actions de terrain et anthropologie, permet à l’association
d’appréhender ces questions sous un angle nouveau, en optant à raison
pour une logique globale (témoin ses échanges avec des associations
d’autres pays), là où l’on privilégie trop souvent un point de vue
local, restrictif.
Matthieu Etourneau / www.lepetitjournal.com / jeudi 07 février 2008